Depuis le 22 septembre 2026, New York accueille le grand débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui voit se succéder à la tribune les chefs d’État et de délégation des États membres, parmi lesquels de nombreux pays africains. Cette session se tient sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous ». Pour l’Afrique, ce rendez-vous annuel est devenu un espace privilégié pour faire entendre sa voix et rappeler sa place dans le grand échiquier mondial, dans un contexte marqué par la multiplication des foyers de conflit, une crise climatique alarmante, des tensions géopolitiques croissantes et un droit international fragilisé, une situation qui interroge la capacité des Nations Unies à garantir durablement la paix.
Une Afrique qui exige une place dans la gouvernance mondiale
C’est dans ce climat que les États africains affichent, cette année, une volonté particulièrement affirmée de peser davantage sur les grandes décisions internationales. Les délégations du continent se rejoignent sur un même constat : l’ordre mondial ne peut plus être gouverné par un cercle restreint d’États, alors que les réalités de 1945 ne correspondent plus aux enjeux actuels. Elles dénoncent les inégalités persistantes de la gouvernance internationale, les failles de l’architecture financière mondiale et la faible représentation du continent au sein des instances de décision.
Le cœur de cette revendication reste la réforme du Conseil de sécurité. L’Afrique n’y dispose, à ce jour, d’aucun siège permanent. Conformément à la position commune défendue par l’Union africaine depuis le Consensus d’Ezulwini, les États africains réclament au moins deux sièges permanents, avec les droits et responsabilités qui y sont associés, y compris l’accès au droit de veto s’il est maintenu, en plus de sièges non permanents supplémentaires réservés au continent. Pour eux, une telle réforme est désormais indispensable à la crédibilité et à la légitimité de l’Organisation.
Les blessures historiques rappelées à la tribune
Plusieurs chefs d’État ont profité de cette tribune pour relier cette revendication contemporaine à l’histoire du continent. Le Président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, a exigé des réparations pour les préjudices causés par l’esclavage et la colonisation. Le Président ghanéen, John Dramani Mahama, a repris cette même exigence, appelant à une reconnaissance internationale des crimes commis lors de la traite transatlantique et de la période coloniale.
Le Président angolais, João Lourenço, a pour sa part adopté un ton plus direct encore, dénonçant une « anarchie mondiale » marquée par la primauté de la force sur la raison et le droit international. Il a averti que cette dynamique rapprochait dangereusement le monde d’une conflagration globale, évoquant les guerres en cours en Europe, au Moyen-Orient, dans le Golfe persique et en Afrique. Ce mécontentement des États africains s’inscrit ainsi dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques profondes, et par une même demande, martelée par de nombreuses délégations : celle d’une représentation permanente à la hauteur des besoins croissants d’un continent en pleine évolution.
Un système multilatéral jugé à bout de souffle
L’Afrique ne se contente plus, aujourd’hui, de formuler des doléances : elle exige une participation pleine et entière au sein du système des Nations Unies. Le constat porté par ses délégations est sans détour : le système multilatéral actuel serait obsolète et injuste, et l’ONU devrait se réformer pour retrouver durablement son rôle central dans la gouvernance mondiale. De même que le monde évolue, les organisations internationales doivent, selon elles, s’adapter aux défis contemporains pour continuer à garantir la paix et la sécurité internationales.
Ce constat s’appuie aussi sur un signal jugé préoccupant : plusieurs chefs d’État des plus grandes économies africaines, dont l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria, se sont fait représenter cette année plutôt que de se déplacer en personne, sur les cinquante-quatre pays que compte le continent, un indice, pour les délégations africaines, de l’érosion de la crédibilité d’une organisation dont les décisions majeures restent concentrées entre les mains des puissances disposant d’un droit de veto.
Une architecture financière jugée inégalitaire
Au-delà de la question institutionnelle, les États africains dénoncent également les disparités dans l’accès au financement international. Ils critiquent une architecture financière mondiale qui, selon eux, freine le développement économique des pays du Sud, contraints à des coûts d’emprunt plusieurs fois supérieurs à ceux des pays riches. Cette situation rend plus difficile l’investissement dans la santé, l’éducation, la création d’emplois et le bien-être des populations, une part importante des recettes publiques étant absorbée par le remboursement de la dette.
Une richesse en ressources, une économie encore sous tutelle
Les délégations africaines ont également rappelé le poids du continent en matière de ressources naturelles. Avec une population proche d’un milliard et demi d’habitants et d’importantes réserves de minerais indispensables au développement économique mondial, l’Afrique reste pourtant, selon elles, dépossédée de la valeur de ses propres ressources. Ce constat nourrit un appel à mettre fin à une extraction perçue comme une forme d’exploitation héritée de la période coloniale, au profit d’une coopération fondée sur le strict respect du droit international et sur le libre choix, par les pays africains, de leurs partenaires commerciaux. Plusieurs délégations ont ainsi insisté sur la nécessité de développer une industrialisation locale, pour transformer sur place les matières premières plutôt que de continuer à dépendre des capacités de transformation situées à l’étranger.
Cette 81ᵉ session laisse en suspens plusieurs questions : le vœu de l’Afrique d’obtenir au moins deux sièges permanents au Conseil de sécurité se réalisera-t-il, cette fois, davantage que lors des sessions précédentes ? Une réforme qui serve réellement les intérêts du continent est-elle envisageable, ou faudrait-il, plus largement, déconstruire pour reconstruire un système véritablement égalitaire pour l’ensemble des États du monde ? L’Afrique devra-t-elle continuer, session après session, à se faire entendre sans qu’aucune mesure concrète ne suive ? Malgré ces incertitudes, le continent ne donne pas le sentiment de vouloir renoncer, mais bien de poursuivre son combat pour la défense de ses intérêts. Le monde, concluent ces délégations, a besoin d’une Organisation des Nations Unies plus juste et plus équitable, répondant aux attentes de l’ensemble de ses membres, et non d’un système qui continue de favoriser certains États au détriment des autres.







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