Depuis vingt ans, l’Afrique de l’Ouest se donne une date pour sa monnaie unique. Depuis vingt ans, cette date recule. Celle fixée pour 2027 tiendra-t-elle, ou rejoindra-t-elle la liste des échéances manquées ? Le 7 septembre 2026, le Conseil de convergence de la CEDEAO a réexaminé l’état d’avancement du projet de monnaie unique ouest-africaine, dont le lancement reste visé pour 2027. À l’issue de cette réunion, les participants ont estimé cet objectif toujours réalisable, tout en demandant d’accélérer les travaux nécessaires à sa concrétisation.
Source : CEDEAO, « Le Conseil de convergence réaffirme que le lancement de la monnaie unique Eco en 2027 reste réalisable », 9 septembre 2026.
Un calendrier réaffirmé, des conditions encore à remplir
Deux éléments structurent cette annonce. D’abord, les dirigeants régionaux maintiennent l’échéance de 2027, mais envisagent une mise en œuvre progressive, en commençant par les pays remplissant les critères de convergence et prêts à participer. Ensuite, les institutions monétaires poursuivent l’examen des performances économiques nationales et des conditions techniques restant à satisfaire.
Cette approche révèle un décalage entre l’ambition politique et la préparation économique. Annoncer une date ne signifie pas que les économies sont déjà suffisamment alignées, ni que les institutions nécessaires au fonctionnement de la monnaie sont toutes opérationnelles. L’enjeu n’est donc plus seulement de maintenir une échéance, mais de préciser les conditions dans lesquelles elle pourrait être respectée.
La convergence, condition de stabilité monétaire
Les critères de convergence servent à rapprocher les politiques économiques des États appelés à partager une monnaie. Ils portent notamment sur le déficit budgétaire, l’inflation, l’endettement public et les réserves extérieures. Leur objectif est de limiter les déséquilibres susceptibles de fragiliser l’ensemble de l’union monétaire.
Le problème est concret : un pays confronté à une forte inflation ou à un déficit public important ne rencontre pas les mêmes contraintes qu’un pays dont les finances sont plus stables. Dans une union monétaire, les décisions de politique monétaire sont communes ; chaque État ne peut donc plus ajuster seul ses instruments monétaires à sa situation nationale.
La convergence ne consiste pas à rendre les économies identiques. Elle vise à créer des conditions compatibles avec une monnaie partagée. Mais le respect des seuils ne suffit pas : la réussite dépend aussi de la crédibilité des institutions, de la capacité à absorber les crises et de mécanismes permettant de soutenir les économies les plus vulnérables.
La sortie de l’AES, une nouvelle équation régionale
Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, modifie le cadre politique du projet régional.
Toutefois, ces trois États restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et continuent d’utiliser le franc CFA ouest-africain, émis par la BCEAO. Leur départ de la CEDEAO ne signifie donc pas qu’ils ont quitté cette union monétaire ni qu’ils disposent déjà d’une monnaie distincte.
La difficulté est institutionnelle autant que politique. La CEDEAO doit faire avancer son projet avec un périmètre régional modifié, tandis que les pays de l’AES développent leurs propres mécanismes de coopération. Les modalités d’une éventuelle articulation entre ces espaces monétaires doivent être clarifiées, sans présumer d’une décision qui n’a pas été officiellement établie.
Au-delà de 2027, quel modèle d’intégration ?
Pour les entreprises et les populations, une monnaie unique pourrait réduire certains coûts de conversion, faciliter les paiements transfrontaliers et améliorer la lisibilité des prix. Elle ne ferait toutefois disparaître ni les obstacles douaniers, ni les déficits d’infrastructures, ni les inégalités de développement. Elle ne garantirait pas non plus, à elle seule, une baisse des prix ou une hausse du pouvoir d’achat.
Pour la diplomatie africaine, le dossier pose une question plus large : comment préserver l’intégration économique lorsque les trajectoires politiques des États divergent ? Une première phase limitée aux pays prêts à participer pourrait permettre d’avancer, mais elle soulèverait aussi la question de l’adhésion ultérieure des autres États et de la cohérence du marché régional.
Le lancement de 2027 doit ainsi être évalué à partir de décisions vérifiables : état réel de la convergence, architecture institutionnelle, règles de gouvernance, calendrier opérationnel et modalités de transition pour les utilisateurs.
La question qui demeure est celle du choix collectif : l’Afrique de l’Ouest parviendra-t-elle à transformer une échéance politique en une union monétaire durable, sans que les divergences économiques et les recompositions géopolitiques ne fragilisent son ambition d’intégration ?







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