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Brazzaville, mai 2026 — Quand l’Afrique se demande comment financer son propre avenir

Il y a quelque chose de symboliquement fort dans le choix de Brazzaville pour accueillir les Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement. Le Centre de conférence de Kintélé surplombe le fleuve Congo, l’un des cours d’eau les plus puissants du monde, dont le potentiel hydroélectrique pourrait, selon les estimations, alimenter une large part du continent africain. Un potentiel immense mais encore sous-exploité. C’est précisément le paradoxe que plus de 3 000 délégués sont réunis ici pour résoudre.


La BAD : un acteur central, souvent méconnu
La Banque africaine de développement est l’institution financière multilatérale du continent. Fondée en 1964, elle regroupe aujourd’hui 81 pays membres (africains et non africains) et a pour mission de financer le développement économique et social de l’Afrique : infrastructures, énergie, agriculture, éducation, secteur privé. Elle opère à travers deux guichets principaux : la Banque elle-même, qui accorde des prêts aux pays à revenus intermédiaires et au secteur privé, et le Fonds africain de développement (FAD), son bras concessionnel destiné aux pays les plus pauvres et fragiles, via des prêts à taux préférentiels et des dons.
Ce que l’on sait moins, c’est que les Assemblées annuelles ne sont pas simplement un rendez-vous protocolaire. Ce sont les plus hautes instances de décision de l’institution : les Conseils des gouverneurs, qui s’y réunissent pour évaluer les performances de l’année écoulée, valider les orientations stratégiques et, surtout, envoyer un signal politique aux marchés et aux partenaires.


Le contexte : un déficit de 400 milliards de dollars par an
Le thème retenu pour Brazzaville : « Mobiliser les ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté » n’a rien d’académique. Il traduit une urgence réelle.
Le déficit de financement du développement en Afrique est estimé à 400 milliards de dollars annuels. En parallèle, les flux d’aide publique au développement s’érodent, le coût du risque-pays pèse sur les conditions d’emprunt, et les chaînes d’approvisionnement mondiales sont devenues moins prévisibles. Le monde se fragmente géopolitiquement et ce sont les économies africaines qui en subissent le plus directement les contrecoups.
Face à ces pressions convergentes, la question posée à Brazzaville est à la fois simple et redoutable : comment l’Afrique peut-elle financer son développement principalement à partir de ses propres ressources ?


La réponse en construction : la NAFAD
Le président du Groupe de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, dont c’est ici les premières Assemblées depuis sa prise de fonction en septembre 2025, porte une réponse structurée à cette question : la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD).
Le diagnostic de départ est frappant : l’Afrique détient environ 4 000 milliards de dollars d’épargne dans ses fonds de pension, fonds souverains et autres mécanismes similaires. Ces ressources existent. Elles sont simplement dispersées, mal orientées, sous-utilisées pour le financement du développement continental.
La NAFAD vise à changer cela : à mobiliser et optimiser ce capital dormant pour qu’il irrigue les projets d’infrastructure, d’énergie et d’emploi dont le continent a besoin. L’ambition affichée : “faire en sorte que chaque dollar soit multiplié par dix.
Cette architecture repose sur quatre axes stratégiques ➡️ les “Quatre Points cardinaux” :

✅ libérer la puissance du capital africain

✅ renforcer la souveraineté financière du continent

✅ investir dans le capital humain et les petites entreprises au bénéfice des jeunes et des femmes

✅ et développer des infrastructures et des chaînes de valeur compétitives.

La NAFAD a déjà reçu l’aval des chefs d’État lors du Sommet de l’Union africaine en février 2026, puis de l’écosystème financier africain réuni à Abidjan en avril. Brazzaville est la prochaine étape de sa mise en mouvement.


Ce que Brazzaville va produire concrètement
Au-delà des délibérations, plusieurs livrables concrets sont attendus à l’issue de ces Assemblées.
Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, qui sera rendu public le 26 mai, est l’un d’eux. C’est l’une des publications économiques les plus influentes du continent : document de référence pour les gouvernements, les investisseurs et les institutions financières internationales. Sa lecture annuelle est incontournable pour quiconque travaille sur les trajectoires de développement africaines.
Il faut également noter la reconstitution record du FAD-17, finalisée en décembre 2025 à Londres : 11 milliards de dollars mobilisés, avec 24 pays africains contributeurs, un chiffre jamais atteint. Ce signal politique n’est pas anodin : il traduit une volonté croissante du continent de peser dans le financement de ses propres institutions.


Ce que j’observe depuis le terrain
Être à Brazzaville pour ces assemblées, c’est observer quelque chose qui dépasse le cadre d’une réunion technique. C’est voir se construire(ou tenter de se construire), une doctrine africaine du financement du développement.
La vraie question n’est pas de savoir si les ressources existent. Elles existent. La question est celle de l’architecture institutionnelle, de la gouvernance et de la volonté politique nécessaires pour les mobiliser efficacement, et pour que les projets qui en découlent aient un impact réel sur les populations.
C’est ce pari que Brazzaville est en train de jouer.

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Je suis Gaëlle Stella Onana OYONO Stratégiste en communication · Media & Policy Impact

INSIGHT STRATÉGIQUE est l’espace où je mets en mots ce que j’observe, analyse et pense sur les grandes dynamiques qui façonnent nos sociétés — le soft power, le nation branding, le leadership féminin, les industries culturelles et les politiques publiques. Ici, je ne commente pas l’actualité. Je prends position. Chaque note est une réflexion structurée, documentée et signée, produite depuis une conviction simple : la communication est un levier de pouvoir, et il est temps qu’on apprenne à l’utiliser avec méthode, vision et ambition. Ces notes s’adressent à ceux qui pilotent des projets, des organisations et des stratégies — et qui ont besoin de plus que des opinions.