Le Gabon a annoncé la levée de la suspension des réseaux sociaux, le 24 octobre 2026 dont la date remonte au 17 février précédent soit huit mois sans connexion. Au Cameroun, les préoccupations relatives à la qualité des services de télécommunications continuent également de mobiliser le régulateur. Ces deux situations mettent en lumière un enjeu commun : les conditions nécessaires à un développement numérique durable en Afrique.
Au Gabon, concilier régulation et continuité des usages
Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la communication (HAC) a justifié la suspension des réseaux sociaux par la diffusion de contenus jugés diffamatoires, haineux ou injurieux, susceptibles de porter atteinte à la dignité humaine, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions et à la sécurité nationale. Le 26 octobre, son président a expliqué que cette période devait également permettre de renforcer le cadre juridique applicable aux plateformes numériques. La levée de la mesure est intervenue le 24 octobre dernier.
Cette démarche soulève une question d’intérêt économique. Les réseaux sociaux sont devenus des outils de communication, de vente, de prospection et de fidélisation pour de nombreuses petites entreprises. Dans son entretien, le président de la HAC a reconnu que la suspension avait affecté l’écosystème numérique, notamment les ventes en ligne et le trafic de données. Une évaluation comparative des indicateurs de trafic a été annoncée afin de mieux mesurer ces effets.
Au Cameroun, la qualité du réseau comme enjeu économique
La situation camerounaise présente une autre dimension. Le 11 septembre 2024, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) a signalé une dégradation des services mobiles de MTN Cameroon, Orange Cameroun et CAMTEL. Elle a notamment évoqué l’insuffisance de l’alimentation électrique, les difficultés d’approvisionnement en carburant de certains sites techniques et les ruptures de câbles à fibre optique. (Communiqué de l’ART).
Plus récemment, le 10 septembre 2026, le régulateur a réuni MTN Cameroon et Orange Cameroun pour examiner les questions d’accès, de couverture et de qualité de service. Les 22 et 23 octobre, il a également rencontré Orange Cameroun afin d’évaluer les investissements réalisés et leurs effets sur la qualité du réseau. L’ART a estimé que les efforts engagés devaient encore être renforcés. (ART, septembre et octobre 2026).
Ces constats rappellent que la connectivité ne se résume pas à la présence d’un signal sur un téléphone. Elle suppose une connexion suffisamment stable pour effectuer des paiements, communiquer avec des clients, suivre une formation ou travailler à distance. Les causes des perturbations pouvant varier, leur analyse doit s’appuyer sur des données techniques et des évaluations transparentes.
Un enjeu commun à l’Afrique
Le Gabon et le Cameroun illustrent deux dimensions distinctes de la gouvernance numérique : l’encadrement des usages et la fiabilité des infrastructures. Dans les deux cas, l’enjeu est de construire un environnement dans lequel les citoyens, les entreprises et les investisseurs peuvent utiliser les outils numériques avec confiance.
La régulation reste nécessaire pour protéger les personnes et prévenir les abus. Elle gagne toutefois à s’accompagner de garanties juridiques, d’une information claire, d’un dialogue avec les acteurs concernés et d’une évaluation des conséquences économiques. De même, l’amélioration des télécommunications nécessite des investissements, une maintenance adaptée et un contrôle régulier de la qualité des services.
La liberté numérique n’est donc pas le contraire du développement numérique : elle en est une condition. Pour les pays africains, l’objectif est de construire des écosystèmes qui associent responsabilité, sécurité, continuité de service et possibilités d’innovation.
Comment les pays africains peuvent-ils faire du numérique un moteur durable de croissance et d’inclusion si la liberté d’utilisation, la fiabilité des réseaux et la qualité des services ne progressent pas ensemble ?

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