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Africa Forward : ce que ce sommet dit de nous, et ce qu’on doit en faire

Nairobi, 11 et 12 mai 2026. La France et le Kenya co-organisent le sommet Africa Forward : Partenariats entre l’Afrique et la France pour l’Innovation et la Croissance.

Plus de 1 500 chefs d’entreprise, entrepreneurs et investisseurs sont réunis pour deux jours, deux formats : un Business Forum le 11 à l’Université de Nairobi, un sommet politique le 12 au KICC, avec plus de 30 chefs d’État. Ce n’est pas un événement ordinaire. Et laisser passer ce type de rendez-vous sans s’y intéresser est une erreur stratégique.


Pourquoi un tel sommet par la France : Comprendre ce qui se joue vraiment

Pour comprendre ce sommet, il faut d’abord lire les chiffres qui l’ont rendu nécessaire. La part de marché de la France en Afrique a été divisée par deux en vingt ans, tombant à environ 4 %. En 2023, la Chine détenait 18 % des parts de marché à l’export en Afrique subsaharienne, contre 3 % pour la France, qui a perdu son statut de premier partenaire commercial des pays francophones. Ce n’est pas une anecdote : c’est une recomposition structurelle des équilibres économiques sur le continent.
Ce recul s’inscrit dans un contexte géopolitique que personne ne peut ignorer. Plusieurs entreprises françaises majeures ont réduit leurs activités sur le continent, grandes banques incluses, tandis que le retrait militaire français du Sahel a consacré une perte d’influence visible dans des territoires longtemps considérés comme des partenaires stratégiques. Face à cela, la France maintient néanmoins un stock d’investissements directs étrangers de plus de 50 milliards d’euros en 2024 , ce qui en fait l’un des principaux investisseurs étrangers sur le continent. Ce socle existe. Il s’agit désormais de le transformer.
C’est dans ce contexte que Nairobi prend tout son sens. Africa Forward marque le premier sommet majeur France-Afrique co-organisé avec un pays anglophone : un signal délibéré d’élargissement géographique et d’ambition continentale. La France ne regarde plus uniquement ses anciennes colonies. Elle regarde l’Afrique entière.


Un continent qui n’a plus besoin qu’on lui explique son potentiel

L’Afrique, on le dit depuis des décennies. Mais les chiffres d’aujourd’hui sont d’une autre nature. Le continent compte 1,4 milliard d’habitants, pour un PIB combiné de 3,4 trillions de dollars. En 2025, la croissance économique de l’Afrique subsaharienne s’est établie à 4,1 % selon le FMI, bien au-dessus de la moyenne mondiale de 3,3 %. La population africaine atteint 1,52 milliard d’habitants, dont 60 % ont moins de 25 ans.
L’écosystème entrepreneurial s’est profondément transformé. En 2025, les startups africaines ont levé environ 3,1 milliards de dollars, un bond significatif par rapport aux 2,2 milliards de l’année précédente. Les investisseurs africains participent désormais à 31 % de toutes les transactions enregistrées, leur niveau de participation le plus élevé jamais atteint. Ce n’est plus une économie qui attend des capitaux extérieurs : c’est une économie qui commence à s’autofinancer.
Sur le volet numérique, au Global AI Summit Africa tenu à Kigali en avril 2025, plus de 50 signataires ont adopté la Déclaration africaine sur l’Intelligence Artificielle, adossée à un engagement de 60 milliards de dollars visant à construire des infrastructures informatiques souveraines, développer les réseaux numériques et former les talents IA du continent. L’intelligence artificielle n’est pas un horizon pour l’Afrique : c’est déjà un chantier ouvert.


Les industries créatives et le sport : une puissance qui n’attend plus d’être validée

Africa Forward consacre une place explicite aux industries culturelles et créatives, et au sport. Ce n’est pas un appendice du programme, le Business Forum du 11 mai réserve des sessions dédiées à ces secteurs créateurs d’emplois, avec un accent fort sur les success stories concrètes.
D’ici 2030, l’Afrique est projetée pour produire jusqu’à 10 % des exportations mondiales de biens créatifs, pour une valeur d’environ 200 milliards de dollars, soit 4 % du PIB africain, et pourrait créer plus de 20 millions d’emplois. En 2025, l’industrie musicale d’Afrique subsaharienne a affiché une hausse de revenus de 24 %, s’imposant comme le marché musical à la croissance la plus rapide au monde. Nollywood génère quant à elle environ 1,2 milliard de dollars par an, et Netflix a investi plus de 175 millions de dollars dans des productions africaines depuis 2016.
Ces chiffres disent quelque chose d’essentiel : la culture africaine n’a pas besoin d’être “valorisée” par des partenaires extérieurs pour prouver sa valeur. Elle existe, elle rayonne, elle génère des flux économiques considérables. Ce que des forums comme Africa Forward peuvent apporter, c’est une meilleure architecture pour capter, structurer et exporter cette richesse à une échelle encore plus large.


La diaspora : un levier qui mérite mieux qu’un rôle de figuration

Africa Forward place explicitement la diaspora africaine au cœur de ses travaux. Et là aussi, les chiffres imposent le sérieux. Les transferts d’argent effectués par les Africains vivant à l’étranger ont atteint 100 milliards de dollars en 2024, soit 6 % du PIB africain, un montant qui dépasse les budgets gouvernementaux dédiés au développement (42 milliards) et les investissements directs étrangers (48 milliards).
La diaspora africaine en France est un acteur économique de premier ordre, encore trop peu mobilisé en tant que porteur d’investissement structuré sur le continent. Ce sommet ouvre un espace pour que ce rôle soit formalisé, outillé, amplifié, au-delà du transfert familial, vers le co-investissement productif.


Ce que cela signifie pour nous, entrepreneurs africains

Africa Forward est conçu comme une plateforme orientée vers l’implémentation, qui privilégie les investissements bankables aux communiqués diplomatiques traditionnels. C’est précisément pour cela qu’il nous concerne directement.
Trop souvent, les entrepreneurs africains, et particulièrement les jeunes entrepreneurs, s’autocensurent face à des forums de ce calibre. On se dit que les deals sont trop grands, les acteurs trop importants, que ce n’est pas encore notre moment. C’est une erreur de lecture. Ces espaces ne sont pas réservés aux plus grandes structures. Ils sont là pour ceux qui ont compris que la croissance ne se construit pas en vase clos.
Être présent dans un forum d’affaires de haut niveau, c’est challenger sa propre vision de l’économie et du monde. C’est se faire des contacts qui ouvrent des portes que l’on ne savait pas fermées. C’est comprendre de l’intérieur la logique des partenariats internationaux, ce donnant-donnant qui structure les vraies collaborations. Et c’est parfois se rendre compte que ce qu’on construit a une résonance bien au-delà du marché local.
Les relations internationales fonctionnent ainsi : on gagne à être dans la salle. Regarder Africa Forward de loin, c’est se priver d’une partie du jeu, alors que le jeu, pour se joue sur un terrain qui nous appartient.


Gaelle Stella Onana Oyono

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Je suis Gaëlle Stella Onana OYONO Stratégiste en communication · Media & Policy Impact

INSIGHT STRATÉGIQUE est l’espace où je mets en mots ce que j’observe, analyse et pense sur les grandes dynamiques qui façonnent nos sociétés — le soft power, le nation branding, le leadership féminin, les industries culturelles et les politiques publiques. Ici, je ne commente pas l’actualité. Je prends position. Chaque note est une réflexion structurée, documentée et signée, produite depuis une conviction simple : la communication est un levier de pouvoir, et il est temps qu’on apprenne à l’utiliser avec méthode, vision et ambition. Ces notes s’adressent à ceux qui pilotent des projets, des organisations et des stratégies — et qui ont besoin de plus que des opinions.